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Les unités pastorales : gérer les ressources à l’échelle de la communauté

Face à la concurrence des agriculteurs et des pasteurs
pour les ressources sur un même espace, les unités pastorales
ont été envisagées comme une stratégie communautaire
de gestion de ces ressources pastorales.

L’élevage mobile est le mieux adapté aux
conditions écologiques des zones arides et
semi-arides au Sénégal, en particulier dans la
zone sylvopastorale du Ferlo. Il fait toutefois face à
de nombreuses contraintes. Les ressources naturelles
se dégradent du fait de la baisse de la pluviométrie,
du surpâturage autour des points d’eaux, des coupes
et des feux. L’espace pastoral se réduit au profit de
l’agriculture. Des conflits parfois sanglants éclatent
entre autochtones et transhumants.

Des unités pastorales pour gérer les ressources
locales.
Face à ces contraintes, l’État avec l’appui de
ses partenaires, encourage la mise en place d’outils
de gestion concertée des ressources sylvopastorales.
Dans la région du Ferlo, cette démarche privilégie la
mise en place d’unités pastorales (UP).
Le concept d’UP a été développé au Sénégal dans
les années 1970-1980 dans le cadre de divers projets.
À partir de 1993, une deuxième génération de
projets, née dans un contexte de renforcement de
la décentralisation, a davantage mis l’accent sur la
responsabilisation, la formation des populations et
l’implication des collectivités locales.

Élaborer des cartes à dires d’acteurs. L’UP peut être
définie comme un espace géographique où vivent des
populations appartenant au même terroir, ayant des
intérêts communs, exploitant les mêmes parcours, les
mêmes zones agricoles et utilisant les mêmes points
d’eau. Ces populations optent librement de s’unir,
avec pour ambition d’assurer leur mieux-être social
et économique.
Le processus de mise en place d’une UP se déroule
en plusieurs étapes. Il est encadré par les autorités
locales, les services techniques (élevage, Eaux et Forêts,
hydraulique, etc.), la structure d’appui au développement
et les leaders communautaires.
D’abord, des réunions d’information et de sensibilisation
sont organisées par les partenaires et les
services techniques, sous l’égide de la commune dans
les villages et campements. Des cartes à dires d’acteurs
sur l’occupation des sols, l’orientation des pistes de
bétail et les aires de pâturage sont élaborées avec les
populations et l’appui des services techniques. Des
documents de caractérisation permettent ensuite de
délimiter la zone d’emprise de l’UP, de la cartographier
voire de recenser les expériences de gestion
des ressources.
Dans un deuxième temps, des séances de concertations
regroupant l’ensemble des acteurs locaux sont
organisées pour élaborer un plan de gestion intégrant
les intérêts des différentes parties prenantes à l’exploitation
du terroir.
Ce plan de gestion est fondamental car il contient
des dispositifs définis par les populations elles-mêmes
et spécifiques à chaque UP : modalités d’utilisation
de l’espace selon les activités (zones de cultures ou de
parcours, couloirs de passage des animaux, etc.) et
les modalités d’exploitation des zones de parcours. Il
comporte aussi des dispositions communes à toutes
les UP : gestion des points d’eau, accueil et installation
des transhumants, conditions, protection et
amélioration d’utilisation des parcours.
Les transhumants sont informés sur les dispositions
prises dans chaque UP par les membres de la commission
d’accueil et d’installation des transhumants.
Ces derniers vont à la rencontre des transhumants
dès qu’ils entrent dans le périmètre de l’UP afin de
leur expliquer les dispositions retenues et validées
par la commune et le sous-préfet.

Approbation par la collectivité locale et le sous-préfet.
Le plan de gestion élaboré est ensuite validé par
le comité de gestion de l’UP, puis adopté par l’assemblée
générale (AG) de l’UP qui regroupe les délégués
paritaires de tous les villages. La collectivité
locale (généralement la commune) délibère et doit
approuver ce plan avant de le soumettre à l’autorité
administrative (le sous-préfet), garant de la conformité
administrative et juridique des règles édictées.
L’approbation du sous-préfet se matérialise par
un arrêté de création de l’UP qui est fondamental
pour sa légitimité. Ceci vise aussi à définir le cadre
juridique de l’UP sous forme de convention locale,
de faciliter son accès aux services des institutions
financières et de favoriser l’appui de partenaires au
développement.
La mise en oeuvre des activités prévues dans le
plan de gestion est pilotée par le comité de gestion
de l’UP, qui est mis en place par l’AG. Un plan d’action
et un chronogramme des activités sont définis
par l’assemblée des délégués. Ce plan est vulgarisé
à travers les radios communautaires et des réunions
de villages et/ou de secteur. Des renforcements de
capacité (formations en vie associative, en gestion
et amélioration des pâturages, etc.) sont dispensés
pour en faciliter la mise en oeuvre.
Les partenaires techniques coordonnent les activités
d’appui conseil en faveur de l’UP (présence
d’un animateur projet), apportent un appui ponctuel
(matériels de lutte contre les feux de brousse
par exemple) et participent à l’évaluation annuelle
du plan de gestion réalisé par le comité de gestion de l’UP sous la supervision du conseil municipal.
Ce dispositif est complété par un code local qui
est une innovation majeure dans l’organisation et
l’animation des UP. Celui-ci définit des règles d’accès
et d’exploitation des ressources en s’appuyant
autant que possible sur la règlementation nationale
(code forestier, loi foncière, etc.), tout en y ajoutant
une touche locale inhérente aux réalités et à la volonté
consensuelle.
Il existe aujourd’hui 118 unités pastorales dans la
zone du Ferlo. Leur forme actuelle est préconisée par
le Projet régional d’appui au pastoralisme au Sahel
qui intervient au Mali, en Mauritanie, au Niger, au
Tchad, et au Burkina Faso. Au niveau du Sénégal, plusieurs
programmes de l’État ont aussi recours aux UP.

Séance de cartographie
participative de parcours
saisonnier des troupeaux
dans une unité pastorale
de la région de Matam
(Sénégal).

Réduction des conflits. En ce qui concerne la réduction
des conflits, ce dispositif a eu un effet louable
dans la zone de contact entre le front agricole Nord
du bassin arachidier et la zone sylvopastorale. On
observe une consolidation des droits des éleveurs
sur les aires pastorales ainsi qu’une rationalisation
de l’exploitation des ressources avec une stratégie de
maitrise de l’installation des transhumants dans les
lieux d’accueil. Des actions concrètes de lutte contre
la dégradation des ressources (mise en défens, lutte
contre les feux de brousse, reboisement, maîtrise des
eaux souterraines et de surface, etc.) sont également
observées.
Les UP ont aussi vocation à améliorer les implantations
de campements et d’habitations des transhumants.
Les comités d’accueil veillent à ce que leur
installation se fasse dans les meilleures conditions.
Ils peuvent faire appel aux services techniques et aux
autorités locales et administratives pour faire respecter
les dispositions du plan de gestion.
Les sociétés pastorales étant le plus souvent individualistes,
la mise en place des UP permet une meilleure
cohésion sociale dans certaines zones.

Un risque de surconcentration d’animaux. L’expérience
d’AVSF et l’évaluation de différents programmes
ont toutefois soulevé certains risques opérationnels
intéressants à relever.
Les UP peuvent parfois engendrer une surcharge
sur les ressources naturelles et des concentrations excessives
en animaux. En effet, la création d’UP isolée
est souvent associée à la disponibilité de ressources
pastorales (pâturages, ouvrages et équipements hydrauliques
 : forages, puits) qui attirent les transhumants
de toute la zone provoquant une surconcentration.
La création progressive d’UP aux alentours
des UP précédentes permet d’éviter ce phénomène.
Les UP doivent également évoluer vers une meilleure
articulation avec une organisation faîtière forte
pour faciliter la concertation, et une complémentarité
entre les zones de départ, de transit et d’accueil ; le
tout dans un esprit de consensus pour une gestion
durable et un accès équitable aux ressources pastorales.
En effet, des UP ont eu des difficultés à faire
respecter les plans de gestion sans l’intervention de
l’autorité. De plus, des conflits récurrents sont constatés.
Ils font appel aux capacités de négociation et de
plaidoyer des leaders pour un règlement amiable suite
au non respect des dispositions réglementaires arrêtées
(zones de pâturage, couloirs de passage, accès
aux points d’eau, etc.).
Enfin, un des objectifs est de faire reconnaître
les UP comme forme de mise en valeur d’un terroir
par le Code pastoral en cours d’élaboration par les
autorités. Bien qu’étant une création de la commune
(qui cède aux UP une partie de ses compétences, notamment
la gestion des ressources naturelles), cette
reconnaissance légale leur donnerait plus d’autorité
pour la mise en oeuvre et le suivi des outils de planification
et de gestion ; cela en ferait certainement
un interlocuteur plus légitime pour la défense des
intérêts des acteurs de l’élevage pastoral.

Atoumane Mamadou ([email protected]
yahoo.fr) Kane
est chef de projet au
sein d’Agronomes et
Vétérinaires sans
frontières (AVSF). Il est
basé à Matam et travaille
depuis 1980 sur les
problématiques de gestion
locale des ressources
naturelles.
Vous pouvez également
lire l’article sur les
solutions aux conflits du
pastoralisme p. 13-14.

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